Quand on entend parler de soumission chimique, l’image qui nous vient en tête est souvent la même : une soirée, un bar bondé, et un verre dans lequel quelqu’un aurait glissé discrètement du GHB.
Cette représentation, largement relayée par les médias et les réseaux sociaux, donne l’impression que la soumission chimique se limite à certaines drogues en particulier. Pourtant, la réalité est bien plus nuancée, et surtout plus proche de nous qu’on ne le pense.
En effet, la soumission chimique ne passe pas toujours par le GHB ou d’autres substances illégales. Dans la majorité des cas, c’est une substance parfaitement légale, banalisée et souvent consommée en soirée qui est utilisée : l’alcool et le cannabis.
La soumission chimique, c’est quoi?
GHB: Le mythe de la drogue du viol
La soumission chimique, c’est l’action d’administrer une substance psychoactive, soit à l’insu de la personne, soit sous la menace ou encore sous la pression sociale, et cela sans son plein consentement.Ces substances peuvent altérer sa vigilance, son jugement, sa mémoire ou sa capacité à dire non, la rendant plus exposée à des situations dangereuses ou abusives.
1.“Seul le GHB est utilisé comme outil de soumission chimique”
L’alcool est la substance la plus utilisée dans les situations de soumission chimique parce qu’il est légal, accessible, socialement accepté et déjà omniprésent en contextes festifs. Il peut être consommé en grande quantité ou encouragé de manière insistante.Par exemple, cela peut se produire quand quelqu’un te paye plusieurs shots d’affilée et te met la pression pour que tu continues à boire, même si tu n’en as plus envie. À force, l’alcool s’accumule, tes limites sont dépassées et ta capacité à dire non ou à réagir diminue. L’alcool altère le jugement, la mémoire et la capacité à réagir, ce qui peut rendre une personne plus vulnérable.
2. “Le GHB est seulement utilisé comme drogue du viol”
La consommation volontaire et de GHB est plus fréquente que la consommation involontaire: plus de personnes consomment du GHB de manière récréative. Ces personnes sont souvent stigmatisés à cause de la “mauvaise réputation” du GHB dans la culture populaire. Cette stigmatisation peut entraîner un sentiment de honte et d’isolement, rendant plus difficile le dialogue autour de la consommation de substances. En conséquence, certaines personnes consomment davantage seules, ce qui augmente significativement les risques pour leur sécurité.
3. “ Il existe des tests de détection du GHB fiables”
Les outils pour prévenir la soumission chimique ne sont pas adaptés à la réalité: tous les tests ayant pour but de détecter la présence de GHB dans un verre d’alcool ne sont pas efficaces, et sont biaisés par le niveau de Ph de la boisson. Par exemple, tester un Mojito ou une Margarita,qui sont des boissons très acides, peut suffire à créer un faux négatif, même s’il y a véritablement présence de GHB dans la boisson.. En réalité, il n’existe aujourd’hui aucun test fiable permettant de savoir si un verre contient du GHB. Malgré cela, ces produits continuent d’être vendus, souvent en jouant sur la peur et les inquiétudes des personnes face à cette substance, et créent un faux sentiment de sécurité.
4. “Les condoms à verres (ou couvre-verres) empêchent les personnes de mettre du GHB dans une boisson”
Au GRIP, on pense que les couvre-verre donnent un faux sentiment de sécurité à celleux qui les utilisent. Comme mentionné plus haut, la soumission chimique se produit le plus souvent par l’alcool lui-même, donc un couvre-verre ne protège pas dans cette situation. De plus, il est très facile de soulever un couvre-verre et d’y glisser une substance rapidement, sans que personne ne s’en rende compte. Le problème avec ces couvre-verres, c’est qu’ils mettent la responsabilité sur les personnes qui sont plus à risque d’être victime de soumission chimique, comme si c’était à elles de se protéger. Nous croyons que la responsabilité doit être prise collectivement, en s’adressant notamment aux personnes qui pourraient poser ces gestes. Nous croyons également qu’il faut sensibiliser tout le monde à la soumission chimique et ce qu’elle implique réellement. Si tu vois quelqu’un qui semble déjà être en état de consommation avancé, et qu’une autre personne semble beaucoup insister pour qu’elle consomme plus, tu peux agir! Tu peux adopter l’approche du témoin actif.
Chacun et chacune devrait pouvoir se sentir en sécurité dans une fête, sans devoir prendre de mesures supplémentaires.
Déconstruire les mythes, c’est permettre de mieux comprendre ce qui est inacceptable, de nommer les violences et de rappeler une chose essentielle : personne ne devrait avoir peur de sortir, célébrer ou simplement exister dans un espace festif. La sensibilisation est une première étape, mais elle ne s’arrête pas là. Créer des milieux plus sécuritaires passe aussi par la solidarité et par une culture où le consentement est non négociable.
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